Un soin reiki, entre deux
Blog Reiki: p.14 : J’ai soigné une personne avec le reiki hier soir. Elle n’annonce rien de spécial, de la curiosité pour connaître le reiki « en vrai », « voir ce que ça fait ». Pas de problème de santé donc, du moins en apparence. Je lisse le corps à distance avec mes mains. Rien. Je mets mes mains derrière sa tête et j’attends. Rien. Je garde cette position de longues minutes. Puis je commence le soin complet traditionnel : yeux, tempes… J’arrive au cœur. Angoisse dans mon ventre. Je reviens dans le soin par les symboles, la respiration, l’attention dans mes mains. Et cette angoisse, toujours. Tiens ! En quoi cette angoisse m’apprend quelque chose sur ma patiente ?
« Comment vous sentez-vous ? » « Pas très bien, dit-elle, j’ai la poitrine serré et je me sens triste. C’est normal ? » Normal, qu’est-ce que ça veut dire ? « ce sont des choses qui arrivent » lui dis-je. « Respirez tranquillement. Pouvez-vous vous déplacer votre attention là où j’ai mes mains ? Mes mains sont au-dessus de votre cœur. Pouvez-vous y aller, sentir les battements de votre cœur dans votre poitrine ? Quand vous y serez, vous me le direz. » Pendant ce temps, mon angoisse est toujours là. « J’y suis » me dit-elle. « OK, comment vous sentez-vous maintenant ? » « C’est pire ! ». « Bon, relâchez votre attention et respirez tranquillement en gonflant le ventre ». Bien, il est temps que je m’occupe de moi et de cette angoisse. Ma patiente coince. Pourquoi ? Je n’en ai pas la moindre idée et elle non plus. Elle est là pour « essayer », pour aller mieux, et c’est pire. Je fais deux hypothèses :
- d’une part que sa sensation désagréable qu’elle ressent est liée à mon action. Quelque part elle refuse le soin. Et plus j’insisterai, plus elle va coincer. Pour des raisons que nous ignorons, le relâchement ne lui est pas possible en ce moment. Je dois accepter qu’elle a le droit de faire ce choix, de refuser mon soin, de ne pas « aller mieux ». L’accepter réellement, pas de manière résignée, mais avec autant de plénitude que si elle me disait qu’elle allait super bien ;
- d’autre part, deuxième hypothèse, que mon angoisse est liée à la sienne. Nos « énergies » sont mêlées, notre relation est circulaire. Elle me donne autant que je lui donne. Si je suis mal, c’est que nous avons communiqué de façon inadéquate. En tant que thérapeute, j’en porte évidemment l’essentiel de la responsabilité. Comment corriger le tir ?
Je décide de m’intéresser à mon angoisse et de voir ce qu’il en résulte pour elle. Bien. Toujours me revient ce vers de Beaudelaire « Sois sage Oh ma douleur ! » Que ce passe-t-il dans mon estomac. Je respire. Je porte mon attention sur lui, tandis que mes mains glissent lentement au-dessus de ma patiente qui semble dormir. Contractures habituelles chez moi, sensation de malaise, de tristesse. Je « descends » dans cet intérieur par ma respiration. Je connais les symptômes, j’en connais aussi quelques causes. J’active les deux symboles reiki : CKR et SHK. J’induis une attitude d’acceptation et d’amour. Amour ou compassion, pour moi en ce moment, les deux mots disent la même chose. Je substitue du bien-être au mal être. Au bout d’un moment, la sensation d’angoisse s’efface, je me sens très compassionnel (c’est un peu techno comme manière de dire, mais ça prend la forme d’une immense extension de moi, dans un sentiment très doux de bonté).
Je replace mes mains au dessus de sa poitrine et je laisse faire. Je sens comme une dilation dans mon corps. Je visualise un fluide qui se dirige vers mes mains, qui en sort et baigne ma patiente. Je sens comme un cliquet qui vient de lâcher. « C’est bon, me dis-je, c’est passé. » j’attends un peu et je vérifie ce qu’il en est pour elle. « Comment vous sentez-vous ? » demandai-je à nouveau. « ça va mieux, répond elle, je me sens détendue. »
La fin du soin arrive, je m’assois à nouveau sur mon tabouret, mets mes mains derrière sa tête, niveau occiput, et je laisse faire. J’écoute. Ça bouge tranquillement. Je termine comme cela. Le final va assez vite. Elle se lève, on échange quelques impressions. Je ne sais pas si je la reverrai. Je pense qu’elle attendait de ressentir des choses un peu paranormales, beaucoup de chaleur, des éblouissements, quelque chose de toute façon qu’elle n’a pas ressentie. Elle est peut-être déçue. Moi je crois qu’il y a du boulot à faire avec elle. Sa « curiosité » annoncée s’est évidemment transformée en une demande plus complexe, qui demanderait quelques séances pour émerger. Il faudrait passer par l’étape de l’acceptation, de la confiance, avant qu’elle ressente les bénéfices d’une séance.
Comment aurais pu le lui dire ?
