Méditation porte de Bercy

Blog Reiki, p. 2 – Quand j’arrive chaque matin sur Paris par l’A4, j’aperçois, face à moi d’abord, puis sur ma gauche (au moment de prendre le périph), deux immenses cheminées. Elles fument toujours, de jour, de nuit, fumées blanches ou grises ou encore orange, selon la couleur du ciel, droites comme des i ou se tordant sous les coups du vent, comme chassées par ce Paris qu’elles dominent. Quelquefois l’une est au repos, colonne paraissant nue soudain, indécente dans le ciel qu’elle n’embrasse plus. Et moi, chaque matin, je regarde ces cheminées, et je guette une émotion esthétique. Je me dis que moi, qui ne vis pas enfermé dans une grotte à méditer, si je peux entrer, ne serait-ce que quelques secondes, dans un état où je trouve le monde beau, tel qu’il est, me mettant ainsi en harmonie avec lui, je n’aurais pas perdu ma journée. Ce n’est pas évident. L’entrée de Paris par la Porte de Bercy, déjà encombrée de véhicules à 7h00 du matin, n’est pas d’une splendeur à couper le souffle, à première vue ! Mais est-ce que le beau est une donnée objective ?

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Krishnamurti nous propose de regarder le monde sans mémoire, comme le bébé qui ne sait pas encore ce qui est beau, ce qui est laid. Mais Krishnamurti nous laisse bien seul avec deux difficultés : il n’est pas si simple d’oublier sa mémoire et ce n’est pas évident de tout trouver beau.

L’émotion esthétique n’est pas si fréquente dans nos vies. Je me souviens que quand je travaillais dans le 8ème, je glissais le long des Invalides jusqu’à la Concorde et je virais à droite vers la Madeleine. Là, je me retournais pour admirer la place et la perspective du Palais Bourbon, pour avoir ensuite en face sa réplique ecclésiastique. C’était beau – facile ! – Pourquoi ne pas trouver aussi belles mes cheminées. Je les regarde, les quitte des yeux pour suivre ma route, y revient par des coups d’œil brefs, cherchant à tout voir, comme elles se découpent dans la couleur du ciel, les ombres. J’ai envie de les peindre, d’en faire une œuvre d’art, de les montrer à ceux qui ne les ont jamais vraiment regardées, pour les remercier de l’émotion qu’elles m’apportent par instants, et qui emplit alors toute ma matinée.

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